L'Arabie Saoudite en période d’austérité ou la crise de l'or noir?...

Points principaux:

  • Avec la chute historique du prix du pétrole, l'Arabie Saoudite lance des mesures d'économies drastiques: le triplement de la TVA (de 5% à 15%), la fin des allocations mensuelles à ses citoyens et le report ou l'annulation des dépenses liées aux grands projets de développement pour moderniser l'économie et la rendre moins dépendante des exportations de pétrole.

  • L'Arabie Saoudite espère ainsi dégager ~25 milliards d'euros et compte par ailleurs emprunter ~55 milliards d'euros sur l'année 2020.

  • Des économistes saoudiens estime que malgré tout, le déficit budgétaire du royaume pourrait atteindre le chiffre record de ~100 milliards d'euros cette année.

Lecture:

  • Le cours du pétrole a effectivement connu une chute vertigineuse ces dernières semaines, conséquence directe de l’activité économique au ralenti à cause de 'la crise des confinements' (cf. ci-dessous). Ceci mets à rude épreuve le budget de l'Arabie Saoudite très dépendant des exportations de pétrole (70% des ses revenus)...

  • Mais ces récents développements dans le royaume saoudien appellent aussi à une réflexion sur plusieurs points :

  1. Pourquoi mettre en place un programme d’austérité en plein milieux de crise, au moment même où les gouvernements occidentaux eux font tourner leur planche à billets à plein régime? Un déficit de 100 milliards, ce n'est qu'un mois de PPEP... (cf. "Le plan d'urgence pandémie de la BCE et le plan d'urgence de l'Allemagne pour en sortir..." du 7 mai).

  2. Et pourquoi retarder / abandonner les projets cherchant à réduire la dépendance du pays au pétrole alors que c'est cette dépendance qui est source des difficultés budgétaires du moment? Il semble que c'est aussi aller à contre-courant, on rappelle qu'en ce moment même le président des Etats-Unis essayent de faire passer un stimulus économique massif de plus de 1 trilliard de dollars pour refaire l'infrastructure du pays... (cf. post "Décidément, 2 trilliards de dollars ne suffisent vraiment pas aux US pour contrer le virus..." du 21 avril)

  • Une des (seules?) explications est que les créanciers de l'Arabie Saoudite voient dans ce programme d’austérité et de dépendance accrue au pétrole des conditions sine qua non à l'obtention de prêts. En 2018 déjà l'Arabie Saoudite avait 69 milliards de dollars de dette en devise américaine, un chiffre sûrement porté à ~80 milliards en 2019 (lire ici). Les 100 milliards requis pour 2020 représentent donc plus en une seule année que l'endettement en devise américaine accumulé par le royaume depuis 2014! On peut donc imaginer que les créanciers aient pu exiger des conditions plus restrictives pour l'obtention des prêts.

  • Maintenant on peut se demander qui a intérêt à voir l'Arabie Saoudite affaiblie par la crise et enfermée dans son rôle de 'pompe à essence du monde'...

Le prix du pétrole sur les dernières 70 années (ici) : même la crise de 2008 n'avait pas eu un tel impact. Il n'y a que la crise économique asiatique de 1997/98 qui avait vu des prix du pétrole comparables.

(Référence ici)