Le coronavirus fédéralise l'Europe!

Points principaux:

  • La Commission européenne a révélé un plan de relance à 750 milliards d'euro, baptisé 'Next Generation UE', qu'elle allouera aux Etats sous forme d'aides directes (à hauteur de 500 milliards) et sous forme de prêts (à hauteur de 250 milliards). Le plan sera financer en totalité par des emprunt en communs sur les marchés financiers (emprunts sur 30 ans).

  • Le Conseil européen validera les plans nationaux pour s'assurer du bon usage des aides (ed. il y aura donc un contrôle des états par l'UE).

  • Le remboursement n'interviendra qu'à compter de 2028 et d'ici là la Commission espère que l'UE acceptera d'adopter de nouvelles ressources propres, c'est-à-dire que la Commission pourrait lever elle-même des impôts, par exemple une taxe sur les géants du numérique ou un impôt sur les grands groupes...

  • La France espère un accord des 27 sur le dossier pour juillet.

Lecture:

  • C'est la naissance de l'Europe fédéraliste à laquelle on assiste, et sous couvert d'urgence en période de crise sanitaire et économique, les peuples ne seront sûrement pas consultés sur cette remise en cause majeure de leur souveraineté... Notons tout de même que l'amorce de ce plan a été annoncé le 18 mai par le couple franco-allemande et que cette annonce a été relevée et analysée sur ce blog (cf. post du 19 mai "Le coronavirus va révéler le visage accompli de l'UE: un SPV!"). Je notais alors 'qu'il s'agit avant tout d'un plan politique pour amener à plus de fédéralisme au sein de l'UE, tout en faisant plaisir aux marchés financiers au passage avec la création d'un nouveau niveau de dette' - pas grand chose à y redire...

  • A toutes fins utiles, mettons tout de même ces 750 milliards d'emprunt en perspectives des ressources Européennes:

  1. Tout d'abord, c'est aussi le montant du plan d'urgence pandémie (PEPP) de la BCE à 750 milliards d'euro. On voit donc l'Europe emprunter 750 milliards sur les marchés financiers d'un côté et acheter pour 750 milliards de dettes d'états sur ces mêmes marchés financiers de l'autre. A part assurer un bénéfice certains aux intermédiaires de ces transactions (c'est-à-dire les banques d'investissements) on voit mal l’intérêt d'ensemble...

  2. Le PIB de l'UE sur 2019 était d'environ 17 trilliards d'euro, un emprunt de 750 milliards représente donc 4% du PIB en une seule fois, ce qui est énorme! On se rappelle des 'normes' à 3%.... Mais quand on voit le plan américain à environ 2.5 trilliards de dollars (presque 12% de son PIB 2019), on se dit qu'on a encore de la marge en Europe...

(Références ici, ici et là)