Le coronavirus va révéler le visage accompli de l'UE: un SPV!

Points principaux:

  • Poussée par certains pays (Autriche, Pays-Bas, Danemark et Suède), la Commission européenne prend ses distances par rapport à la proposition franco-allemande de mutualisation de la dette européenne dans le cadre de la création d'un fond de relance post-pandémie à hauteur de 500 milliards d'euros.

  • En début de semaine, les présidents français et allemand ont en effet soutenu la création d'un fond de relance qui serait levé par l'UE, dont les montants seraient accordés aux régions et états les plus touchés par la crise sanitaire, et dont le remboursement serait effectué par l'UE et non pas directement par les régions ou états ayant bénéficié du prêt. Ces derniers rembourseraient leur emprunt dans le cadre budgétaire européen (ed. qui est découplé des échéances de remboursement du fond de relance).

  • L'UE devrait pouvoir emprunter sur les marchés à des taux plus avantageux que ceux qu'obtiendraient des Etats aux finances publiques en difficulté comme l'Italie ou la France...

Lecture:

  • Notons d'abord le revirement politique étonnant de l'Allemagne. Dans le post du 7 mai "Le plan d'urgence pandémie de la BCE et le plan d'urgence de l'Allemagne pour en sortir..." on voyait la Cour constitutionnelle allemande menaçant le retrait de l'Allemagne du programme d'achats de dette d'Etat (PSPP) géré par la Banque Centrale Européenne (BCE). Dix jours plus tard, virage à 180 degrés, Berlin défend un projet qui va créer de la dette qui sera principalement à la charge des pays 'riches' de l'Europe (i.e. de l'Allemagne) jusqu'au rétablissement de l'économie de toute la zone.

  • Intéressons nous aussi à la mécanique financière de la proposition franco-allemande. L'idée est simplement de transformer l'UE en Fond Commun de Créances (ou Special Purpose Vehicle - SPV en anglais). En passant par le SVP, on transforme des créances peu liquides (e.g. la dette de pays comme l'Italie) en créances de format plus adapté à des investisseurs et donc notées AAA... Rappelons que c'est ce genre de montages financiers (en particulier les CDO) qui a amené et amplifié la crise financière mondiale de 2007 / 2008... De plus, notons aussi que le montant annoncé de 500 milliards d'Euros ne justifie en aucun cas la mise en place d'un tel mécanisme pour deux raisons:

  1. A l’échelle d'un continent, les besoins pour relancer l’économie sont de l'ordre du trilliard et non pas du milliard. Pour référence, les Etats-Unis ont rajouté il y a peu un appoint (sic) de 500 milliards de dollars à leur plan à 2 trilliards (cf. post du 21 avril "Décidément, 2 trilliards de dollars ne suffisent vraiment pas aux US pour contrer le virus...").

  2. La BCE a déjà lancé son plan d'urgence pandémie (PEPP) et achète des titres à hauteur de 100 milliards d'euros par mois. Et comme on voit mal le SPV être établi et monter en puissance avant 2-3 mois, d'ici là le PEPP aura atteint la taille du demi-trilliard.

  • Au final, plus qu'un plan de sauvetage économique de l'UE, on peut penser qu'il s'agit avant tout d'un plan politique pour amener à plus de fédéralisme au sein de l'UE, tout en faisant plaisir aux marchés financiers au passage avec la création d'un nouveau niveau de dette, une sorte de 'dette fédérale européenne'... Ce plan s'inscrit donc bien dans la tendance actuelle d'unification du bloc UE (façon soviet), et il n'y pas de doute sur le fait que la résistance de l'Autriche, des Pays-Bas, du Danemark et de la Suède sera surmontée comme l'a été celle de l'Allemagne (par une intervention du président Français???)

(Références ici et là)