Rebond: les américains ne veulent pas de rutabaga*. Les français l’éviteront-ils aussi?

Points principaux:

  • Le président américain serait sur le point d'ordonner le maintien (forcé) de l'exploitation des abattoirs et autres usines de production alimentaire carnée.

  • Pour composer avec les syndicats des industries concernées inquiets pour la santé des employés (6,500 des employés sont actuellement malades ou en quarantaine), la maison blanche devrait leur fournir des équipements de protection supplémentaires.

  • De récentes estimations laissaient entrevoir que 80% (!) de la production US de viande risquait d’être stoppée par le coronavirus.

Lecture:

  • La réponse du président américain a été rapide et autoritaire, preuve d'un sujet très sensible et très sérieux. On peut avoir différents avis sur le bien-fondé de sa réponse ou sur ses effets collatéraux potentiels (e.g. apparition de foyers infectieux), il n'en reste pas moins que le côté presque 'martial' de la prise de décision est indéniable. Même la loi à laquelle le président se réfère** le rappelle, puisqu'elle est née lors de la mobilisation de la société américaine pour la guerre de Corée et le début de la guerre froide...

  • En France, la situation des abattoirs en période de confinement ne semble pas avoir été couverte par la presse d'information générale mais certains rapports spécialisés mentionnent une baisse des abattages de l'ordre de 10%. Un autre défi de l'industrie bovine aussi mentionné est le maintien des équilibres importation / exportation.

  • Mettons cela en chiffre pour estimer le risque sur la viande bovine française:

  1. En France en 2018, la consommation de viande bovine était d'environ 1560k tonnes pour une production d'environ 1480k tonnes. La différence de 80k tonnes était compensée par le surplus d'importation (~320k tonnes) contre l'exportation (~240k tonnes). Considérons que les chiffres de 2020 "sans la crise" auraient été semblables à ceux de 2018.

  2. Maintenant on peut prendre un risque de 2.5% sur la production (10% sur 3 mois de crise soit 2.5% annuel) et y ajouter un risque sur la balance importation / exportation. Pour ce dernier, imaginons une réduction des importations de 5% (2.5% avec un raisonnement similaire au précédent, après tout les pays exportateurs souffriront aussi d'une baisse des abattages dans leur pays; une baisse déjà observée dans certains pays comme la Pologne et l'Irlande; que l'on double pour prendre en compte de manière grossière de potentielles restrictions où les pays exportateurs pourraient ré-orienter leur production vers des stocks stratégiques nationaux par exemple).

  3. On obtient un risque sur l'offre de viande en France d'environ 53.000*** tonnes ou 3.5% de la demande annuelle. Ce risque devrait cependant être de l'ordre de 13% à 14% pendant les mois forts de la crise.

  • Si la situation des abattoirs en France ne se dégrade pas mais au contraire s’améliore sur le reste de l’année 2020 et si les mouvements 'erratiques' des équilibres importation / exportation sont atténués par une ré-orientation des exportations françaises vers une consommation nationale si nécessaire, le risque de pénurie de viande sur les étalages du boucher en France est faible. En tout cas, c'est une situation dont l'évolution reste à surveiller de près dans les semaines a venir...

*Référence à mon post d'hier: "Le grand retour du rutabaga!"

**The Defense Production Act

***1480 x (1-2.5%) + 320 x (1-5%)

(Références: ici pour les US; et ici, ici et là pour la France)